mercredi 21 avril 2010

Do-it yourself - Eric Ledune

SYNOPSIS

Petit manuel de supplices à l’usage des familles, ce film-opuscule vous propose le B. A.-Ba de la torture sous toutes ses formes.
D’un agréable et ludique, notre méthode, élaborée par les meilleurs professionnels, explore les différentes manières de procéder pour parvenir sans se tromper à une variété de supplices réussis et charmants.

Quand est-il préférable d’interpeller le sujet? Combien dure une bonne incarcération? Ou encore : comment obtenir des aveux si cela s’avère nécessaire? Suivez nos conseils pas à pas et vous obtiendrez des résultats étonnants tout en vous amusant en famille. Il ne vous restera plus qu’à passer à la pratique, voire à devenir un futur professionnel.

La torture a souvent été décriée car associée à des régimes dictatoriaux. Grâce à Dieu ce n’est heureusement plus le cas aujourd’hui! Nous pouvons assurer sans crainte de se tromper que la torture est l’apanage des plus grandes démocraties et pour leur plus grand bien.


NOTE D'INTENTION
Le début
Sur le ton de ces petits manuels Marabout Flash qu’on trouvait dans nos bibliothèques familiales, voici un traité de torture à l’intention de tous. Puisque le recours aux supplices divers et variés a tendance à se banaliser, autant que nos concitoyens sachent de quoi il retourne et comment cela fonctionne “en vrai et en pratique”. Pourquoi les bourreaux officiels seraient-ils les seuls à s’amuser et à prendre du plaisir à la tâche? Finalement, le devoir de la Démocratie n’est-il pas d’offrir à tout un chacun le droit de profiter et d’avoir accès à ces menus plaisirs?
Plus sérieusement, le texte du film s’inspire d’un véritable manuel de la C.I.A. en usage dans les dictatures d’Amérique latine des années 70. Le cynisme méthodologique y est déjà bien présent. Mon travail de scénarisation s’est essentiellement borné à la mise en forme de celui-ci, en accentuant (à peine) l’impudence du propos. Il est peu de dire que le sujet reste plus que jamais d’actualité...


Le contexte
Il semble évident que nous vivons une période où nos démocraties tendent à perdre la tête, où de dangereuses tentations totalitaires s’ingénient à réduire subrepticement bon nombre d’acquis démocratiques. Cela est justifié le plus naturellement du monde par une peur de l’Autre savamment entretenue. Et comme nous sommes entourés d’“Autres qui ne nous aiment pas et qui nous veulent que du mal”, guerres préventives et tortures deviennent une manière légitime de défendre ce que nous avons de plus cher : notre merveilleuse civilisation occidentale de plus en plus menacée...
Mais qu’y a-t-il de pire lorsque ce sont nos propres sociétés, si vertueuses et éternelles donneuses de leçons universalistes, championnes de la bonne conscience auto-proclamée, qui pèchent et trébuchent dans leurs propres contradictions? Sans que cela ne nous pose plus de problèmes de conscience qu’il n’en faut, d’ailleurs. À peine quelques soubresauts qui durent le temps d’une nouvelle horreur complaisamment télévisée. L’indignation est en passe de devenir un business rentable. Mais n’est-ce pas volontaire et entretenu? Une manière d’anesthésier les consciences et de noyer... le poisson? Le venin insidieux fait son chemin dans les esprits, telle une curieuse et inquiétante répétition de l’histoire. C’est pourquoi le générique final fera référence aux esthétiques soviétiques et germaniques des années 30.
Voilà succinctement décrit le “coup de gueule” qui a motivé ce nouveau projet.


La méthode
Pourquoi et comment parler avec humour d’un sujet si grave et si unanimement condamné ? Ma modeste réponse se veut quelque peu provocatrice. Elle prend la forme d’un petit manuel de torture au ton badin et ne masque en rien la dureté du propos. Il remet ce dernier en perspective et le grossit de manière exponentielle, tant ce qui est dit semble de plus en plus énorme et insupportable au fur et à mesure du déroulement du film. Celui-ci semble démarrer tel un simple traité de pêche quelque peu loufoque, jusqu’à l’intolérable de viols et meurtres d’enfants utilisés pour faire pression sur leurs mères... Cette forme distanciée me semble une manière d’impliquer plus directement le spectateur en m’adressant à lui à la première personne. C’est individuellement que le travail d’indignation devra se réaliser. C’est du moins ce que j’espère...
La torture, sujet inacceptable s’il en est, me semble dès lors un excellent vecteur pour réfléchir à l’état du monde aujourd’hui. Peut-être qu’en proclamant l’inacceptable sur le ton de l’humour et en créant le décalage (l’esthétique utilisée y participe pleinement), l’impact sera-t-il plus fort? Je pense que le film ne laissera pas indifférent et nous parlera plus directement malgré - ou grâce à - sa forme faussement légère. Peut-être suscitera-t-il débats et questionnements? Si tel était le cas, j’en serais très fier!
DO-IT-YOURSELF, vous l’aurez compris, est donc l’occasion d’en revenir à une veine plus directement politique, voire provocatrice, un peu dans la lignée de PROCESSION, Etc. (1998). Cela m’a semblé indispensable à l’époque où nous vivons...

http://www.ploumploum.net/12filmo/03films/05doit.html

Ce DVD est accompagné du dossier pédagogique réalisé par Amnesty International


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