mercredi 21 avril 2010

Verre cassé - Alain Mabanckou

L'histoire " très horrifique " du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l'un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d'en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d'éclopés fantastiques qui le fréquentent.
Dans cette farce métaphysique où le sublime se mêle au grotesque, Alain Mabanckou nous donne à voir grâce à la langue rythmée et au talent d'ironiste qui le distinguent dans la jeune génération d'écrivains africains, loin des tableaux ethniques de circonstance, un portrait vivant et savoureux d'une autre réalité africaine.

Ce qu'on en dit...

Le romancier congolais joue et se joue de son imagination, et nul doute qu’il ait pris un grand plaisir à composer ce livre d’autant qu’il parsème son propos de références, de clins d’oeil, de citations, de titres empruntés aux uns et autres qu’il dissémine ça et là au hasard, objectif bien sûr, de ses pages. On se prend ainsi au jeu de les repérer, et même de les compter... L’auteur en avoue près de 300 et à chaque lecteur de se donner le challenge que sa connaissance des littératures (africaines et caribéennes surtout) lui permettra. Mais que l’on se rassure on peut aussi lire ce roman sans jamais s’ embarrasser de cette comptabilité toute littéraire.

Autre curiosité de ce livre, Alain Mabanckou a choisi de ne pas employer de point et de ne recourir qu’aux seules virgules pour “ponctuer” son texte. Un procédé qui peut surprendre, voire agacer (car il n’est pas nouveau et peut paraître gratuit) mais pour lequel on est bien obligé d’admettre qu’il convient parfaitement au rythme et au propos de son locuteur-narrateur. Cette absence de ponctuation est, en effet, à la démesure de cette houle alcoolisée, de cette logorhée si caractéristique des conversations de bistrots. Ainsi, Alain Mabanckou donne une image d’une Afrique de la gouaille, de la débrouillardise et de l’humour vainqueur, sans toutefois en négliger les douleurs ni oublier les critiques et les attaques de ses prédateurs

Bernard Magnier



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